- Te souviens-tu de ces jours heureux teintés par les couleurs brûlantes de l’été, sur le bord de la rivière, dans l’eau et ses farandoles d’éclaboussures ?
- Oui…
- On voyait s’accumuler sur l’horizon de gros nuages lourds avec leurs mouvements épais, leurs boursouflures noires, annonciateurs d’orages. On regardait la tempête sournoise approcher en buvant à petites lampées gourmandes chaque minute de soleil offerte. L’insouciance aiguisait nos rires. Nos baisers de mômes ponctuaient les jeux. C’était une ribambelle de saveurs sucrées sur la peau de nos corps nus, innocente baignade musicale dans la fraîcheur de nos bousculades.
- C’était chouette.
- Alors, le soufre barbouillait brutalement le soleil, avec des gestes sauvages, pour l’abandonner aux nuages voraces. La pluie se mettait à tomber. Sombre. Puissante. Chaude. La dernière fois que j’ai vécu cet instant imprégné de folie, c’était il y a deux ans. Les trombes obscures n’ont pas cessé depuis.
- La pluie n’est jamais définitive.
- J’en doute…
- Elle
nous attriste souvent mais finit par écarter le rideau de ses jupons pour redonner
un horizon au soleil. Il revient sans rancune. Sans bouder. Toujours aussi généreux.
Les mensonges ne sont pas étanches et la vérité est comme l’eau des déluges. L’orage
sera bientôt fini, et nous retrouverons nos jeux dans l’eau de la rivière.
Tout évènement pouvant en rappeler d’autres serait-il fortuit ?
Mon cadeau pour vos étrennes.
Extrait d’un bout de travail pour mon prochain opus…