Avril
généreux bouscule le jardin avec ses couleurs changeantes et fières. Ma peau
goutte déjà ses lumières piquantes... Un renouveau sucré, velours moelleux,
enveloppe les vignes aux bourgeons prometteurs. L’espoir est dans cette floraison
fragile et abondante. Le jardin respire et son souffle tiède cabriole dans chacun
de ses recoins...
Loin de moi
les lourds nuages noirs de la misère inondant le monde broussailleux, surplombant
le vertige des guerres assassines. Je m'installe confortablement dans un
fauteuil alangui sous les arbres perdus dans leurs rêveries verdoyantes. Je ferme
les yeux à la recherche d’une indifférence rassurante puisque mon impuissance me
ronge.
J’écoute le
chant des sittelles torche-pot, le murmure des abeilles besogneuses égarées dans
les bouquets de pissenlits jaune d’or. Je regarde le va et viens inlassable des
mésanges. Un mince filet de vent timide sirote le parfum magique et insouciant des
viornes odorantes. La vie fragile prend le temps d’une pause en attendant la
nuit refuge, promesse de sagesse.