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jeudi 6 décembre 2018

Rabelais veille encore...



Cette nuit, parfumée d’air et de vent, est une douce amante.
J’en oublie le vide étoilé qui ronge la fragile fin d’automne.
Les lumières sont ocres, égarées dans l’épaisseur d’un bleu d’encre.
 


La lune est en retard. Les arbres engourdis.
Mon âme légère s’éveille dans l’air humide…
Mes yeux sont déjà en voyage sur les pavés des quais de la Vienne.
Ce soir, l’heure est tendrement sauvage, tel un baiser inattendu.

Tout est calme, comme apaisé.
Silencieux, Rabelais veille encore.
Chinon peut dormir en paix…

 Balade photographique dans Chinon (37) juste assoupi. 4 décembre 2018.



dimanche 11 novembre 2018

11 novembre 1918


La vie est ruine.
La terre bouge.
Les parfums de poudre.
Cette indécrottable odeur du sang
collant au ciel comme un ruban déchiré.


La nuit ne viendra plus border les forêts de chênes séculaires. 
L’homme est réduit au silence.
Son cri s’est évanoui
dans un dernier râle inutile,
insupportable.


L’horizon bleu est mort
dans le battement carnassier
des cloches d’une église chancelante.
Le vent le porte dans l’air.
Il vient le plaquer sur le front d’un enfant de vingt ans
dormant dans la boue froide,
les genoux crevés,
le cœur carmin dépassant sa vareuse.
Il a le teint clair,
délavé,
innocent.
Ses yeux sont vides,
grands ouverts sur le ciel du néant.


Ailleurs,
une mère inconsolable
pleure de ne pas avoir bercé
assez longtemps
son enfant mort en chantant,
bleuets et coquelicots accrochés à son fusil,
un matin au soleil indécent.




Tremblent dans l’air insouciant,
les pétales pourpre
égarés sur l’hypocrisie du monde.

vendredi 9 novembre 2018

La nuit avance avec son gros ventre.


La nuit avance avec son gros ventre.
Le vent castagne la profondeur du paysage,
plongé dans l’outremer houleux,
avec des feuilles ramassées à la hâte
sur les ceps tremblants.


 Quelques gouttes donnent le tempo
à la symphonie de pluie et de tourment.


L’air,
pourtant encore assez tiède,
engourdit l’horizon
d’un baume sombre,
épais.
 Le calme s’est pris les pieds dans le chemin de traverse,
sa chute est bruyante.

Les volets sont fermés.
Mes yeux sont clos.
Mais le lugubre chant du vent
bouscule mon sommeil.