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vendredi 23 janvier 2026

Comment effacer les traces de ce qui ne se voit pas?

 

Image empruntée au net.

J’ai toujours connu votre maison gorgée de rires, de couleurs tendres, de moments précieux… ce soir-là, dans l’outremer naissant de la nuit accourant, je t’ai retrouvée dans le noir, agar et nue, perdue.

Pourtant, j’étais juste venu pour vous embrasser, profiter de votre douce lumière, du feu rassurant de votre cheminée, une bouteille de vin à la main. Je voulais prendre un verre et trinquer à votre amour que j’imaginais sans détour, clair comme une source de montagne, transparent… Je passais simplement pour voir deux amants heureux de regarder dans la même direction en se tenant la main. J’étais venu partager un bout de votre amitié sincère, celle qui nous faisait tenir debout face aux tempêtes qui broient les bateaux sans âme. J’avais dans les yeux votre regard amoureux, tellement amusant. Vous étiez mon rêve, l’idéal à suivre même dans mes nuits sans sommeil quand des songent toxiques inondent mes insomnies.

Tes yeux détrempés, ton blues dans l’obscurité, ton corps recroquevillé, tes mains égarées sur tes épaules en avouaient bien plus que de longs discours. Entre tes sanglots, le silence ne parlait que de toi, de ses coups sauvages qu’il faisait pleuvoir sur ta peau brune pour y voir pousser des bleus arrogants.

Tu avais su te taire pour tout cacher. Souffrir en silence, la tête enfouie sous un oreiller pour que personne ne puisse entendre les cris de ton cœur égaré dans ta solitude. Ta solitude mortifère.

Alors, mes mots se sont perdus dans un mutisme glacial, coupable. Mes mains ont glissé sur ta peau terrorisée. Elles tremblaient à l’envie de te toucher. Tremblements de honte, d’impuissance. Tes larmes dégoulinaient sur tes joues bleuies, s’engouffraient dans ton cou comme dans un puits sans fond. La frayeur que ne pouvait plus dissimuler ton visage aux yeux éteints était le témoin de la fréquence de la folie d’un homme que tu croyais aimer. Aimer à la vie, à la mort. Où est la frontière imaginaire entre ces deux rives qui étaient devenues ta prison ?

 

Aujourd’hui, dans ton désarroi toujours fidèle, tu me regardes juste pour demander pardon, toi encore otage d’un monstre qui t’écrasait de frayeur depuis trop longtemps. C’est moi qui devrais te demander pardon d’avoir été aveugle si longtemps. Je n’imaginais pas les poings et les pieds de mon ami de toujours avoir autant de hargne pour venir meurtrir tout ton être avec cette fureur dévastatrice. Il faut être un animal pour faire ça. Bien qu’un animal ne fasse pas le mal par plaisir, mais par nécessité. Pour vivre ou survivre. Combien de rage portait-il en lui pour se laisser déborder par autant de sauvagerie ?

 

Avec de la patience, je finirai sans doute par guérir tes plaies, mais comment effacer les traces de ce qui ne se voit pas?

 

dimanche 3 septembre 2023

Tu riais.

Photo glanée sur le net.
Yaroslav Shuraev.


Tu riais,
Féline et déroutante.
Tu te roulais,
Gourmande,
Dans les draps
Ondoyants et souples
Et ton rire incandescent brillait sur ta gorge
En mille éclats orangés
Pendant que l’aube amoureuse illuminait
Tes seins offerts,
Tes reins cambrés,
Ton ventre tendu.
Dans ce désordre de folie,
Je te berçais délicatement,
Laissant nos peaux se caresser,

Un voile de velours enveloppait
La silhouette de la nuit s’évanouissant,
Ma tête lourde s’écroulait contre tes hanches,
Étroites et nues.
Au réveil,
La pluie dansant sur les persiennes closes,
Berçait nos cœurs évanouis d’amants épuisés.

Le matin détrempé tirait ses premiers rayons tièdes,
Rideau éphémère,
Sur notre amour insatiable,
Rafraichi d’une tendre lueur.

La nuit,
En s’éloignant sans se retourner,
S’en allait froisser
Les roses pourprées sur l’horizon indigo.


lundi 20 novembre 2017

Femmes




Il y a des femmes faciles dans les ports
Vendant des rêves fragiles avec leurs corps,
Il y a des nuits et des silences épais,
Des odeurs de tabac, d'alcools forts, de marées.

Elles rongent la vie, grignotent nos absences,
Piègent la misère en un petit coup de rien,
Un geste à faire pour tromper les blancs matins,
Un chagrin, une heure à brûler la malchance...

Il y a des femmes dociles dans les ports,
Des hommes imbéciles donnent leur or,
La valse des hanches, la danse des bouches...

La lumière se traîne sur le sol sale,
Les draps, les corps, le bleu, histoire banale,
Histoire bancale d'une vie peu farouche...