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jeudi 18 mars 2021

L'instant.

 

Nos pas vagabonds s’engouffrent dans l’escalier déposé le long d’une façade d’encre. Le soleil, timide, se pose sur les marches irrégulières, brille sur une double rampe à l’allure montmartroise. La Loire, déjà, sourit aux passants. Le bac ronronne face au courant, et son humeur mécanique emplit l’air d’une douce envie de voyage.

Les maisons s’écartent et la lumière scintille sur l’onde à peine éveillée. Le matin chante ses parfums singuliers de pain frais, écharpe gourmande dansant sur la place. L’hiver n’est plus vraiment présent et le ciel bleu, le vent doux, les bavardages nonchalants sont davantage l’empreinte d’un printemps précoce.

Sur la rive, là où l’herbe se laisse séduire par des remous silencieux, le temps glisse sans s’en rendre compte. Séparée de nous par une Loire docile, l’église de Couëron, immobile en haut de sa butte, nargue la Tour à Plomb de sa silhouette imposante.

Le calme nous envahit, léger comme un jour de vacance. Fragile comme le vol d’un papillon.

Nous voyons le même monde, savourons la même émotion.


mercredi 17 mars 2021

Le bac du Pellerin (44)

 


Le bac se joue de ton eau, ma Loire,
Dans le remous de tes jupons gris et brun.
Avec un lent balancement infatigable,
Il fait glisser ses mains d’une berge à l’autre,
Doigts délicats,
Battements d’ailes de mouette blanche,
Curieuse,
Silencieuse,
Scrutant le courant.

Le bac est caresse géante,
Main de fou sur ton cœur de fleuve,
Arrachant tes sursauts indomptés,
Tes soupirs alanguis sous ta peau granitée.

Il est le métronome inlassable,

L’horloge du temps fuyant au balancier d’or incrusté dans le creux de tes reins,
Agitant ton onde puissante,
Dégustant ton infatigable plaisir,
Faisant battre ton cœur d’amante.

Une ligne jaune se borde de soleil,
Ton rire se faufile dans le clapot rond
Chatouillant d’écume le flanc gris de la coque claire.

C’est un voyage entre parenthèse.
Mes yeux sont ailleurs en étant nulle part,
Ravis de se laisser bercer par le va-et-vient
Sage entre tes rives captives.
Je sens ta main sur ma nuque,
Tes lèvres sur ma bouche,

Baiser amusé
Serti de bruine argentée.

 

lundi 15 mars 2021

La fin du voyage.

 


Des vibrations de fleurs, sans parfum, blanches,
En écho aux chagrins fardés de pudeur.

 Écrasée par le silence violet qui engourdit l’ombre,
Elle dort doucement…
Calme,
Légère
Apaisée.

Son lit est un carrefour de tissus frais où s’égrènent des reflets improbables.

Une paix cruelle étouffe, sur des chaises éparpillées, des corps gorgés de larmes qui se taisent dans des regards éventrés par une lumière sans horizon.

La fin de voyage où sa voix s’est tue, son rire s’est évaporé, où son soleil s’est couché.

 


Pendant ce temps, terni et dérisoire, j’entends la mer caresser le sable juste avant la barrière des dunes. Le temps s’est arrêté dans le dernier rouleau des vagues. Seul un sel sauvage et piquant brille encore dans le coin de mes yeux.