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mardi 5 mai 2026

Le bus.

 

Image empruntée au net.

Le bus.

Ligne 10, 7h00 du matin.

Les rues tremblent à peine dans la clarté diaphane enveloppant les premiers assauts du réveil.

Je suis assis, la tête contre la vitre où une buée timide c’est invitée autour de mon front. Je scrute la foule agitée sur les trottoirs, surprenante fourmilière. Elle semble loin la cité à l’effervescence appliquée. Le boulevard ronchonne, encombré par la litanie des moteurs de voitures. Le jour s’éveille dans l’air humide de ses soupirs, baigne les bâtiments d’une lumière étrange. Presque irréelle. Semblable à un drap pâle et poussiéreux déposé sur les meubles engourdis d’une maison abandonnée.

Je connais le voyage. Il est court. Je le fais depuis si longtemps. De mon quartier jusqu’à mon bureau. Je vois tout, même les yeux fermés. À mi trajet, toujours au même endroit, une agitation entêtée me sort des limbes de mes songes. J’entrebâille mes paupières. Le café bleu. Sa terrasse où des femmes vêtues de noir et portant un tablier blanc, installent des tables et des chaises dans un brouhaha cadencé dénué d’improvisation. Il y a des clients jetant dans l’air, frais et silencieux, des saluts généreux, des invitations pressées.

Mon bus passe, comme le temps frôle les heures sages égrenées par une pendule invisible. Mes paupières s’affaissent, me plongeant dans un presque sommeil. Un léger engourdissement.

Coup de frein, le charme est rompu. Encore deux arrêts. À la lisière d’un massif de rosiers ébouriffés, un homme et une femme dansent un étrange ballet en agitant leurs bras et sans doute leurs regards furibonds. Je détourne la tête. La gare, immobile dans sa masse sombre que lèchent les halos fragiles des derniers réverbères encore allumés, dévore la foule en retard courant dans le même flot nerveux.

Voilà, c’est la fin du voyage. La fin de ma nuit tiède. Le bus m’abandonne dans la raideur fraîche du jour, refermant les portes sur une courte parenthèse, prolongement de ma nuit.

 

Le fruit de ma plume lors de l'atelier d'écriture que j'anime désormais chaque mois. Le thème de la séance: ma ville à travers la vitre d'un bus.

mercredi 8 avril 2026

L'aventure d'un soir.

 

Le soir de la fenêtre de mon bureau...


Il y a ma paresse s’alanguissant à la porte du doute,

épuisant ma sagesse au bout du chemin
pendant que le jour s’égoutte.

J’étends mon blues sur l’horizon noyé d’indigotiers
égarés,

là où s’évaporent des brumes fines,
éclaboussées de nuit.

Il y a le soleil de ton cœur qui retire ses sabots,
il y a un halo pâle glissant sur ton corps nu,
inondé de lune.
Tu m’offres l’aventure d’un soir
pour te glisser dans ma solitude.

Tu viens me bercer,
faire taire ma peur du noir.

Remontons doucement l’édredon gonflé
de poussière d’étoiles
pour réchauffer nos épaules frissonnantes,

réveiller nos rêves en attente…



Le même soir, juste un peu plus tard.
Le regard plus au nord.