Le
soir s’enroule tendrement dans une nuit drapée de velours déchiré et la pluie menue
s’endort, doucement, en éclaboussant de perles bleues l’horizon aux contours
fragiles, pâles, décolorés. Les murmures de la terre brune, parfumée d’une encre
indécise, serpente dans l’ombre mauve des treilles s’égouttant dans le vent
aimable.
C’est
un moment plein de grâce où l’humidité piquante se faufile dans mon écharpe
fraichement nouée, d’un geste vague. La magie opère quand le ciel désinvolte
offre à mes yeux avides les couleurs d’un peintre amusé, posés sur une toile
improvisée, d’un mouvement ample mais précis.
L’art
est là, dans les gestes simples de la nature. Je ralenti mon pas qui se joue
des silex éparpillés sur le sol encore dégoulinant. J’hume avec gourmandise les
délicats parfums de fin d’été, parenthèse émouvante chargée de l’éclat indompté
des étoiles.
Je
suis là, libre, léger, planté dans un décor des mille et une nuits,
terriblement vivant.