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mercredi 23 novembre 2022

Le bistrot se vide.

 

Photo empruntée au net.

Le regard gommé par le reflet de la vitre ne chantant plus les nuances du soleil, tu te perds dans une mélancolie placide. Le chahut mécanique des passants s’est envolé dans le tourbillon minutieux de la ville agitée. Tes mains se cherchent, se caressent, se serrent. Le bistrot se vide de ses clameurs tardives et de son agitation quotidienne.

Alors tu me regardes avec tes yeux transparents, bercée par une lassitude brumeuse. Le double jeu de ta tristesse court sur tes lèvres dessinant une moue évanescente. Tu es seule, loin de tout. Loin des rires et des mots simples abandonnés sur le zinc terni par la vie ordinaire des gens pressés.

Immobile, je t’observe dans ce tableau furtif dessiné par le reflet métallique d’un ciel obstiné de gris, une tache de mercure ne roulant plus dans ses boursouflures magiques. Ta beauté souligne l’amertume d’une vaine attente dépourvue, désormais, d’espoir.

Le noir du cliché t’engourdit d’un réalisme désolant. Il suffirait d’un courant d’air pour que glisse sur ta joue une goutte de douleur perlant dans ses grimaces salées.

Je voudrais tant que ce soit moi que tu attendes… pour lire sur ton visage la langueur d’un sourire prometteur en récompense de ma légèreté à te faire attendre à chacune de nos rencontres.

 

8 commentaires:

  1. Des émotions qui perlent sous chaque mot et l'on devient "Elle" avec son attente angoissée et ses interrogations... Un texte captivant!
    ***
    Attente immobile
    Un grand vide au creux du coeur
    Les mains se froissent

    Des questions dans le regard
    Se brisent sur des silences
    Marie

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    1. Ta façon de parler d'attente résume ces moments là, quand ils sont sans avenir, avec force.
      C'est beau. Merci.

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  2. Très belle attente, espérance...

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    1. Quand des retrouvailles réussies sont au bout de l'attente, elles sont belles.
      Quand l'absence est au rendez-vous...
      Il reste espérance.

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  3. C'est si beau le regard qui s'éclaire, le sourire radieux qui se dessine, quand arrive enfin, la personne aimée !

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    1. Pour bien se retrouver, il faut savoir s'attendre...

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  4. Il fut un temps durant lequel je devais attendre chaque fois une semaine pour revoir l'être aimé. Quand je le voyais arriver, on se regardait et dans nos sourires, tout le monde autour de nous s'effaçait. Merci pour ton texte qui me met quelques papillons dans la tête. Bises alpines.

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    1. Et que virevoltent les papillons!
      Bises émues de ma Loire.

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