Le portail n’est pas bien grand, il baille à peine,
comme un sourire timide peut offrir ses dents blanches et ses lèvres roses à un
baiser malicieux. L’air flotte dans la canopée des arbres, en une main légère
plongée dans leur chevelure verte. Le soleil blanc danse, un pas, puis deux,
glisse, et s’enfonce dans les nuages.
La surprise est au rendez-vous. Elle enfile ses
gants d’émerveillement et nos yeux plongent au cœur d’un rêve improbable.
Une magique élégance guide notre voyage dans un entrelacs
de verdure qu’auréolent des toupets blancs, des hydrangeas lumineux, balancés
par un courant d’air facétieux. Cette beauté, sauvagement organisée, laisse chuinter
un filet d’eau de fontaine…
Il y a donc, caché dans un recoin de ce théâtre d’arabesques,
un bassin qui chantonne.
Il nous attire pour enfin nous piéger dans un
incroyable écrin de couleurs, de lumière.
Là, posée comme une libellule sur la fleur d’un
nénuphar, une fillette plonge son regard innocent dans un livre grand ouvert.
Elle laisse courir ses doigts sur les pages du
temps qui passe, sans relever la tête, oubliant le jour fugace qui habille ses
jeunes années.
C’est un instant rare, savoureux, tendre.
Je pose mon regard sur ton silence et tes cheveux
emportés dans le contre-jour. Je mesure ton enchantement, prends ta main, et
nous frémissons de concert.
Le jardin de Castillon, le 5 septembre 2019. (14)